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Mystère des origines : suite et fin

Mystère des origines : suite et fin

« Depuis que le monde est monde… depuis que la création a été capable de réfléchir, le question des origines est une question. Cette question est comme devenue un mythe et en raison de ses liens avec la destinée de l’univers le mythe prend une dimension religieuse : mystérieuse. Toutes les civilisations ont passé un temps considérable dans la recherche des origines. Laïque ou non, athée ou non …notre époque n’échappera pas au questionnement. » Maurice.

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Pourquoi toutes les civilisations ont-elles eu recours à un mythe des origines ?

Le mythe c’est le questionnement de l’enfant, ses « pourquoi ? » portés à l’échelle d’une interrogation collective. Il cherche à établir un lien entre des phénomènes qui apparaissent à l’homme et le troublent, et le jeu des forces qui les provoquent. On peut distinguer trois étapes de cette quête :

La première correspond au polythéisme archaïque où sont établies des chaînes causales partielles elles-mêmes variables, voir conflictuelles. Une diversité qui incite à imaginer une hiérarchie des puissances divines. Avec le dénominateur commun : le principe généalogique. Chaque divinité se voit conférer un pouvoir déterminé en fonction de sa position dans l’arbre généalogique. Souvent, les nouvelles générations de dieux se révoltent contre les plus anciennes. La mythologie, qui émerge avec les grands récits épiques comme l’Iliade ou Gilgamesh, en rend compte.
Elle prépare la mise en place d’un dualisme originel auquel correspond la deuxième étape. Ainsi, la plupart des hautes civilisations qui se sont succédé dans l’histoire, de la Perse à l’Inde ou à la Chine ont fait converger les chaînes causales locales héritées du polythéisme initial vers un binôme originel représentant les puissances opposées du clair-obscur, du masculin-féminin, etc. dont l’antagonisme servait à expliquer la nature des phénomènes qui nous entourent.

Qu’en est-il en Occident ?

C’est la troisième étape. Pour dépasser le dualisme traditionnel, des penseurs grecs, communément nommés « présocratiques » commencent dès le 7ème siècle avant notre ère à postuler l’unité du réel. Pour eux, l’ensemble des choses est issu d’un principe unique (arche). Ce monisme apparaît au même moment dans la tradition judaïque mais avec une différence fondamentale :

– pour les Juifs, le monde est créé par une puissance externe à l’univers ; l’Un est transcendant.
– En revanche, pour les Grecs, il est immanent, se confondant avec le cosmos.

Les deux conceptions, restées nettement séparées pendant des siècles, font l’objet d’une synthèse théologique chez les Pères de l’Église.
Au concile de Nicée, en 325, la majorité des évêques de l’Empire romain impose l’idée que Dieu est à la fois transcendant et immanent. En effet, le Christ étant de même substance que son Père, celui-ci s’est incarné dans le monde qu’il a créé.

Quelles sont les conséquences de ce dogme ?

Dès lors, on peut chercher les preuves de la présence divine dans le monde ; et les mathématiques, science la plus éloignée de la simple matérialité des choses, finiront par s’en charger. C’est ce que Galilée appelle 1’encodage divin de la création.

Autrement dit, le christianisme, grâce à sa conception duale de la nature de Dieu, à la fois transcendant et immanent, a ouvert l’espace à un questionnement qui débouche sur la science moderne. Les premiers scientifiques partaient à la recherche des invariants dans la variation, de l’immuable dans l’éphémère. C’est parce qu’il était profondément croyant que Galilée a été un grand scientifique. Les scientifiques peuvent parfaitement être athées, la science qu’ils pratiquent est d’inspiration chrétienne.

Le dogme de l’incarnation a une autre conséquence. Au 12ème siècle, l’Église cherche à régler le problème de la succession des dignitaires religieux. S’inspirant du mystère de la présence réelle du Christ dans l’hostie, elle conclut que le corps mortel d’un évêque n’est que l’habitacle de la fonction épiscopale qui, elle, ne saurait mourir. Ce raisonnement est à l’origine de la notion de «corporation», ou personne morale, qui fonde le statut juridique de l’entreprise moderne… puisqu’une entreprise est censée durer plus longtemps que les personnes physiques qui l’animent.

Voilà comment les modèles scientifique et économique qui s’imposent désormais au monde entier sont le fruit d’opérations intellectuelles induites par un contexte théologique particulier

 

Article concluant le dossier « Mystère des origines »
Heinz Wismann, philologue et philosophe, né en 1935.
Propos recueillis par Sylvie Briet.

Sciences et Avenir HS 2017

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